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vendredi 16 juillet 2021

On vit une époque formidable

Si si, je vous jure, ouvrez vos chakras et vous verrez

Pour la première (et espérons pas la dernière) fois l'humanité entière est confrontée à des défis immenses et partagés.

En fond de décor, le père Marx avait sans doute raison, mais l'Internationale Ouvrière ne s'est jamais (vraiment) réalisée. Le capital, lui, a brillamment réussi sa globalisation tandis que les syndicats ici dépensaient plus d'énergie à défendre les intérêts de "leurs" travailleurs, à pester contre ces délocalisations qui fournissaient (à des conditions indignes) du travail à d'autres encore plus dans la merde qu'eux, qu'à militer pour les conditions de travail de tous, partout (bon j'admets je force un peu le trait, ce n'est quand même pas tout à fait ça). 

Bref nous vivons du bon côté d'un mode globalisé où avons le luxe de nous écharper à coup de posts et de memes depuis nos téléphones coréens consommateurs de métaux rares et fabriqués dans des conditions que nous préférons ignorer au Vietnam ou ailleurs, sur des sujets sur lesquels, en vrai, nous sommes tous aussi incompétents.

Incompétents mais concernés : réchauffement climatique, alimentation, accès à l'eau potable, à la santé à eux seuls auraient dû suffire à notre bonheur, mais s'y est ajoutée une pandémie mondiale.


[Je repense toujours à la fin de la Guerre des Mondes, à ces aliens contre lesquels les humains sont impuissants, mais terrassés à la fin par un minuscule virus. Parfois je file la métaphore et me demande si en l'occurrence, nous ne sommes pas ces aliens, ce danger imminent pour l'écosystème terre... mais je divague.]

Pandémie mondiale, une échelle invraisemblable, des morts par millions sur tous les continents, 7 milliards d'humains confrontés au même adversaire. Un adversaire sans stratégie, sans personnalité, sans autre projet que de se reproduire, encore et toujours... Que fallait-il de plus pour déclencher une Union Sacrée ? Nous sommes tous les damnés du virus (et du réchauffement climatique aussi, ne l'oublions pas celui-là) !

Que nenni... 

Au nord, une minorité agissante et sincère de ceux qui ont accès à une solution - sans doute imparfaite - mais moins dangereuse que le virus lui-même et seul rempart jouable aujourd'hui contre les variants, confrontés à une politique totalement ubuesque d'obligation qui ne dit pas son nom et déporte sur le cafetier la responsabilité d'un contrôle sanitaire abracadabrantesque, se drapent dans leur dignité, leur révolte et jouent les révolutionnaires de salon. A coup de commandes sur internet, d'abonnement Netflix et autres mobilisations d'un système qu'ils sont pourtant (et parfois à juste titre) les premiers à fustiger, ils annoncent fièrement leur entrée en résistance. A coup sûr, le grand capital est terrifié !

Au sud, ceux que la prise régulière d'antipaludéens n'a finalement pas tant protégés que ça (comment, les statistiques auraient-elles été trompeuses dans des pays où la pyramide d'âge minimise la population la plus fragile et où les infrastructures de santé sont tellement performantes que des humanitaires s'y rendent chaque année pour mener des campagnes de vaccination "basiques" ?), réclament ces solutions que certains chez nous se permettent de snober, convaincus que "moi non, jamais, je n'ai pas de comorbidités ou au pire 3 semaines en décubitus ventral après tout on s'en remet !"

Bref, nous vivons une époque formidable. Confrontés à un (des) défi(s) planétaire(s) comme jamais nos prédécesseurs n'en avaient connus, nos réponses sont minables.

Peut-être avons nous juste ce que nous méritons. Peut-être sommes nous juste au début du scenario d'une de ces séries dystopiques qu'on se plait à binger lovés dans nos canapés Ikea de marque suédoise mondialisée.

Ou peut-être avons nous en nous assez de résilience (bon je déteste la mode autour de ce mot mais là, ici et maintenant je n'ai pas trouvé de synonyme satisfaisant), de force et de maturité pour écrire ensemble une fin différente.

C'est pas gagné, je vous l'accorde, mais on pourrait au moins - juste essayer - d'être à la hauteur de l'enjeu !

Allez, bienveillance et binouzes !

samedi 10 juillet 2021

Le retour de la vengeance des chlorozouzes...



Ils me fatiguent, mais ils me fatiguent...

Hier leur gourou en chef, du bout des lèvres, incitait les soignants et les personnes fragiles à se vacciner ! Enfin me direz-vous ! Cela dit du piratage de compte (il ne tweete jamais depuis un android) jusqu'aux délires les plus fous (sa vie et celle de sa famille doivent être menacées) les réactions sur ce réseau proprement magique ont fait une partie de ma journée, je dois le reconnaître !

Puis c'est un article des décodeurs du monde qui leur donne du grain à moudre. Donc,Véran aurait menti en affirmant que les phases 3 étaient terminées depuis des mois. Bon c'est vrai il n'a pas été très bon sur ce coup, "les phases 3 sont suffisamment concluantes depuis des mois pour justifier une AMM" aurait été plus approprié mais en même temps notre environnement mediatico rézosociesque n'est guère propice à la subtilité, vous en conviendrez !

Pendant ce temps Facebook traque les mots COVID et vaccin jusque dans les images, que même que c'en est flippant mais qu'on s'est bien amusés hier avec Nicolas et notre expérience scientifique.

En vrai pas sur la nécessité, mais les effets moyens longs terme, plus ou moins...



Mais bon c'est bien quand même de se frotter à la contradiction, et je me dois donc de remercier ici Denis, avec qui il m'arrive de m'accrocher sur le sujet, ce qui me force à creuser, à chercher, à documenter mon argumentation tout ça et aussi son blog est très intéressant voilà... A ce sujet dernièrement il a posté sur la bienveillance, tiens.


Quelques constats (pas sûre d'avoir tout compris des arguments mais je vais en prendre quelques-uns.)

- Le vaccin lui-même : je préfère un vaccin "classique" virus inactivé à un vaccin ARNm

J'avoue moi-même au tout début (genre en mai 2020) j'étais dubitative. Mais bon j'ai aussi la chance de travailler dans un milieu avec plein de super scientifiques donc j'ai un peu mieux compris. D'ailleurs une fois n'est pas coutume je vous remets ici une super infographie sur le fonctionnement de l'ARNm et ses applications thérapeutiques.




2 remarques à ce sujet :
- travailler sur du virus vivant inactivé, c'est travailler sur du vivant, donc ça veut dire des procédés longs, complexes (culture, filtration, tout ça) et un peu risqués quand même, et bon on ne va pas parler ici des limites industrielles de la bioproduction, hein !
- par ailleurs cela ne protège que contre la souche qui est cultivée, pour les variants, ben ça dépend des variants, donc comme pour les autres vaccins, revaccinations et rappels seront forcément au programme, sauf que plus longs à développer et à produire qu'avec l'ARNm.

- Toujours sur les vaccins : je préfère un vaccin à virus inactivé chinois à un vaccin à adénovirus de singe.

Alors là je crois qu'il y a une grosse méprise les gars. De ce que je sais un adénovirus de singe ça veut juste dire un adénovirus qui cible les singes, il n'y a pas de matériel génétique de singe dedans, qu'on se le dise ! Là où ça devient croquignolet c'est que par exemple AstraZ (oui je sais il a changé de nom depuis mais là flemme) qui utilise effectivement un AAV chimpanzé, le cultive sur cellules humaines (pour le Janssen je n'ai pas vérifié, désolée ça prend du temps aussi ces conneries), là où le sinovac tant réclamé utilise lui le virus de Wuhan... cultivé sur des cellules Vero (aka des cellules rénales de singe vert). Lequel est le plus susceptible de contenir du matériel génétique simiesque, on peut se poser la question ? Et surtout qu'est ce que ça change pour des personnes pas forcément antivax par ailleurs et qui sont donc vaccinés à l'œuf (pardon la cellule embryonnaire de poule, entendons nous au virus inactivé cultivé sur des...) pour une partie de leurs 11 vaccins obligatoires, sans qu'il ne leur soit jamais poussé des plumes, hein. Passons...

Le manque de recul

Ben oui, ça c'est sûr... C'est d'ailleurs bien pour ça que les phases 3 se poursuivent, même après AMM. Mais c'est un risque à prendre, et on sait grâce aux essais randomisés, qu'à date le rapport bénéfice risque est nettement favorable. Le plus drôle ou pas c'est qu'on va retrouver dans les opposants au vaccin sur ce motif, les mêmes qui défendaient un traitement non proprement testé, et sans attendre, parce que "c'était un risque à prendre". Va comprendre, Charles !

La mise au point ultra rapide
bon on va la faire courte :

- Une pandémie mondiale avec un marché de ouf à la clef = beaucoup beaucoup de pognon
- Une techno déjà connue et une famille de virus déjà très étudiée suite SRAS et MERS (notamment au P4 de Wuhan, bref, passons)
- Des essais de phase 3 (reparlons-en tiens) rapidement concluants pas parce que des experts auraient été soudoyés par une main invisible mais pour une raison purement mathématique. Un essai de phase 3 en double aveugle ça consiste en gros à administrer un vrai vaccin à un groupe et un placebo à un autre (personne ni le "vacciné" ni le médecin ne sachant à qui a été administré quoi). Ensuite on laisse les gens vivre leur vie sans rien changer à leurs habitudes et on attend d'avoir suffisamment de malades dans le groupe placebo (enfin on espère dans ce sens là hein) et surtout suffisamment d'écart entre le groupe placebo et le groupe vacciné pour pouvoir en tirer des conclusion (scoop : non on n'inocule pas une maladie potentiellement mortelle aux participants à un essai pour vérifier que le vaccin marche, on étudie en conditions réelles). Sur une maladie pas très répandue et pas très contagieuse, ça peut prendre du temps, beaucoup de temps. Sur la COVID ça a été plié en quelques semaines, du fait de la dynamique de contagiosité de la maladie elle-même, et rien d'autre !


La vaccination généralisée : les plus fragiles OK, mais vacciner (et faire prendre des risques à...) tout le monde pour protéger quelques vieux, non, no way, nada, fuck !

Sur le risque je ne vais pas revenir dessus : essais de phase 3 suffisamment concluants pour....

Sur le reste vous oubliez juste la question des variants les cocos. En gros si vous laissez le virus circuler, vous augmentez ses opportunités de muter, et que parmi ces mutations, la plupart ne servent à rien mais certaines s'avèrent plus compétitives, ou parviennent à cibler de nouveaux types cellulaires, de nouveaux organes, ou encore à dépasser les barrières immunitaires établies contre leur vénérable ancêtre... Et le variant fut. Et une fois qu'il est là le variant, il peut très bien s'en aller contaminer votre vieux vacciné qui se trouve de fait moins bien protégé parce que vous avez préféré la bamboche sans vaccin à la prise de risque perso pour un enjeu collectif, ou il peut se trouver un variant pour lequel les jeunes finalement c'est pas mal aussi, il y en a plus, ils sont plus socialisés donc c'est un super avantage évolutif de cibler ceux-là, quitte à tuer quelques hôtes au passage.

Bref, comme déjà écrit ailleurs, ce n'est pas (juste) un enjeu perso, c'est un enjeu collectif. Aux seringues citoyens !

Quelques sources :
sur les vaccins, leur composition, statut AMM/OMS et procédé de fabrication : mesvaccins.net
sur le débunkage des fake news l'excellent Hervérifie dont je ne saurais trop recommander la lecture et l'iconographie de modération.




samedi 26 juin 2021

Ca faisait bien bien longtemps... et si on (re) parlait de la gauche ?


Je mets ici des pétales de fleur sans rapport avec le sujet
(ou si peut-être), les fleurs ça cartonne en engagement !
Oui, comme beaucoup ici j'ai été frappée d'atonie blogo-covidesque. 

Et puis quelques échanges sur Facebook, une élection régionale pas encore pliée (oui désolée je suis parisienne et pas concernée par les cantonales départementales), et une envie de reparler politique tiens !

Dans quel état erre la gauche, francilienne ou nationale ? 

En PACA elle se retire se muselle au profit de Muselier, castor un jour, castor toujours n'en déplaise au vaillant ami Stéphane. En île de France elle s'allie, dans un attelage que Nicolas juge contre nature, encore préoccupé qu'il est de l'envie de rallier le centre gauche, oubliant au passage que c'est justement l'absence de marqueurs de gauche qui fit le naufrage de la présidence de Pépère, et le siphonnage dudit centre gauche par le jeune père de la nation, comme le nomme astucieusement Yann, que je vous conseille de suivre et de lire sur Facebook au passage (non, malgré un billet quotidien il n'a pas de blog, il faut dire que contrairement à Boris ou moi-même, il se tient à bonne distance de Nicolas et Elodie).

Alors qu'en penser ?
Oui bien sûr pour les plus universalistes d'entre nous les appels du pied de certains écolos et de LFI à l'indigénisme et à la culture Woke font mal ! Cette gauche qui s'engouffre dans le sociétal populiste au point d'en oublier le social, voire de le piétiner ! J'affabule ? Allez, dernier exemple en date : militer pour la déconjugalisation de l'AAH (Allocation Adulte Handicapé), ce qui m'a valu un bref échange avec Margot.

Je vous explique : l'idée c'est que l'AAH est là pour compenser le handicap de la personne, et donc les revenus du conjoint ne devrait pas entrer en considération pour son calcul.
1er problème : comme toute aide conditionnée aux revenus, la référence est le foyer fiscal. On peut au passage s'étonner de voir des gens de gauche s'asseoir sur ce premier échelon de solidarité qu'est la cellule familiale pour défendre une position disons individualiste, mais bon - faisons le pont avec une indignation légitime, les violences conjugales, ou plus exactement l'éventualité d'un risque de violences conjugales - et vous avez un discours bourré de bonnes intentions prêt à l'emploi. L'enfer en est pavé nous dit-on.

Mais bien plus croquignolet, le diable est dans les détails... Parce que ce raisonnement ne fonctionne que si l'allocataire de l'AAH gagne moins que son conjoint. Déjà c'est rigolo (ou pas) de prendre ceci pour acquis, mais passons. Là où ça devient très très très croquignolet, c'est que se passe-t-il quand le conjoint gagne moins que l'allocataire de l'AAH (c'est à dire vraiment moins que pas grand chose) ? Et bien la déconjugalisation se solderait par une baisse de l'AAH. Et donc nous avons vu des LFI, François Ruffin entre autres, défendre (avec LR, l'UDI et le RN mais eux au moins on comprend pourquoi), par pure démagogie, un texte dont la première conséquence aurait été de favoriser des foyers aisés (enfin disons classe moyenne aisée, ça reste une allocation sous conditions de ressources) et de faire basculer dans la misère des foyers déjà précaires : les rapporteurs du Sénat ont donné quelques exemples qui parlent d'eux mêmes. Franchement, chapeau l'artiste !
Bref si vous vouliez une autre preuve que LFI s'égare, et que ce n'est pas qu'une question de Lider Minimo, bienvenue !

Pour autant, quelles réponses apportons nous aux vraies questions que soulève cette nouvelle gauche, celle qui séduit les plus jeunes (quand ils se déplacent encore jusqu'aux urnes) ? Que disons sous sur l'environnement et le réchauffement climatique ? Que disons-nous à ceux qui nous renvoient à la figure les inégalités de fait quand nous clamons égalité des droits ? Quel discours émancipateur pour répondre au discours victimaire ? Au moins de ce point de vue la droite est claire en prônant jusqu'à la naïveté l'émancipation individuelle. Coupée des syndicats, eux mêmes coupés du monde des plus fragiles et cantonnés aux grandes entreprises et administrations, la gauche est à la rue pour ce qui est de proposer un nouveau chemin d'émancipation collective.

Alors Elodie Jauneau présidente et quelques acolytes s'essaient à lancer une nouvelle dynamique, je n'ai pas encore tout lu, je ne suis pas certaine d'être d'accord avec tout, mais au moins c'est un bon départ pour retrouver des marques. Parce qu'il va falloir se remettre à penser, à parler et à faire politique !

Welcome back les gars (et les filles, #§!%\ sois inclusive) !






lundi 29 mars 2021

Dites le avec des fleurs...


Il y a comme une ambiance printanière dans ma blogroll, camelias et narcisses se disputent nos likes et nos commentaires... Car force est de constater qu'à ma gauche on ne parle plus trop politique.

Des renoncules pour inspirer Boris

Tiens ce matin en changeant de pièce je suis passée de Yannick Jadot fantasmant sur une union des gauches en mode programme commun (mon grand tu rêves tout debout) ça c'était sur Inter, à Bruno Lemaire ergotant sur l'épargne à ne pas taxer mais au contraire défiscaliser les flux des grand-parents vers leurs petits enfants, parce que c'est ça la justice de droite (soit dit en passant, bon courage pour conditionner les aides non pas aux revenus mais au patrimoine, fut il transmis par Mamie), ça c'était sur Info.

Et je me suis souvenue que j'étais de gauche et lui de droite...

Bref parti comme c'est nous aurons aux prochaines présidentielles le choix entre : Macron et sa politique ni de gauche ni de gauche (mais pas assez de droite quand même pour certains), un épouvantail - hologramme - de gauche gauchiste (c'est très décoratif) en la personne de l'ineffable Jean Luckovitch, un autre épouvantail - gorgone Marine -, et une jolie collection de nains de jardin plus ou moins verts/roses/bleus néanmoins toujours irréconciliables...

Finalement Voltaire et mes amis blogueurs de gauche ont bien raison, cultivons notre jardin...

Oui je sais billet de feignasse...


vendredi 19 mars 2021

Un géant, un viking, un caricaturiste, un ami, un grand frère...

 Vous avez connu Yann, ou pas.



Qui était Yann ? Après tout qu'importe. Pour beaucoup de ceux qui peinent avec la sidération du jour il était à la fois tout ce que j'ai listé dans le titre. Pour d'autres plus encore !
Il était sans qu'on se le dise le plus fort d'entre nous... Prêt à affronter un ironman comme les derniers jours de sa mère, prêt à traverser l'Europe ou la planète si on avait besoin de lui, ou juste parce qu'on avait planifié un dîner.


Ne se prenant lui même jamais au sérieux. Nos derniers échanges sur une boucle whatsapp ? Une photo des cosmonautes venus intervenir chez lui une nuit où sa femme s'inquiétait de sa saturation. 
La bonne blague ! 
Visiblement le SARS-Cov2 ou la COVID comme vous voudrez les appeler, bref virus et maladie n'ont pas apprécié. 

Ils se sont vengés,

salement ! 


Et nous laissent un vide qu'on peine d'autant à mesurer qu'on n'y croit toujours pas !

Mille et mille pensées à sa femme Ewa (que je ne connais pas) à ses enfants, à ses amis...

samedi 13 mars 2021

Vous nous manquez aussi, franchement. Mais ça, non, ça ne me manquera pas...

Chers artistes, chers metteurs en scène, chers producteurs...

Certes je suis moins rapide que Boris à dégainer mon billet post-César. Car il me faut mettre les mots sur un malaise, et pour cela je suis moins douée que lui et surtout moins que vous.

Ce malaise ce n'est pas le vôtre, vous avez la chance, l'opportunité et les relais pour l'exprimer. Non c'est le mien, celui d'une citoyenne lambda un peu atterrée de ce grand déballage.


La circulation du putain de virus s'accélère, les variants s'avèrent non seulement plus contagieux mais finalement aussi plus dangereux que la souche initiale. Et donc le grand scandale c'est de ne pas réouvrir les cinémas et les théâtres, tant votre envie de travailler est grande, et notre besoin essentiel de culture également.

Au jeu des comparaisons, vous laissez de côté le bon sens. Non passer 2 à 3 heures dans une salle plus ou moins ventilée, à portée d'aérosols d'autres affamés de culture n'est pas comparable à une virée au centre commercial, ou vous croiserez sans doute plus d'affamés de biens bassement matériels, mais chacun pas plus de quelques secondes, quelques minutes s'il y a de la queue aux caisses... (Pour les messes, OK rien à dire)

Non vous n'êtes ni plus ni moins à plaindre que d'autres secteurs, d'autres précaires également sinistrés : auto entrepreneurs, saisonniers précaires et autres cumulards de petits jobs au black racisé pour ne citer qu'eux. Au moins Jeanne Balibar aura pensé à eux aussi.

Je comprends la blessure narcissique à être considérés comme "non essentiels", mais venant de vous elle me déçoit. Elle me déçoit car je ne vous aime jamais tant que quand vous me faites oublier le comédien pour le personnage, le réalisateur pour l'auteur ou le récit. Alors quand votre égo remonte si visiblement à la surface, oui je suis gênée.

Vous qui devriez incarner l'avant-garde, nous donnez le spectacle d'un conservatisme piteux, d'une chouinerie au mieux désagréable, à la limite odieuse. Qui parmi vous aura choisi d'investir les écoles, collèges et lycées, que nous pouvons nous féliciter d'avoir plus que d'autres maintenus ouverts ? Qui pour porter ces textes grands ou petits auprès de nos jeunes qui ont tant besoin pourtant, de s'oublier et d'ouvrir leurs esprits ? Qui pour aller chercher son public, à défaut d'un modèle économique, sur ces media et réseaux restés accessibles ?

Quelques uns, dont quelques belles découvertes, mais si peu, si peu...

Nous rouvrirons un jour ces théâtres, ces salles de concert et ces cinémas, vous retrouverez votre public suffisamment argenté pour s'offrir ce plaisir luxe essentiel. Mais entre ce public et vous, quelque chose se sera peut-être perdu en route...

Je vous aime et vous me manquez trop pour vous en tenir rancune longtemps, je sais aussi l'énergie déployée par les moins visibles, les moins exposés d'entre vous pour, envers et contre tout, créer, inventer, raconter, habiter et mettre en récit la vie d'après : et ça, ça oui c'est essentiel pour nous tous.

dimanche 7 mars 2021

Bientôt un an (interview exclusive) !


Blogueuse intermittente, me voilà prise d'une drôle de lubie. Telle une authentique journaliste des temps modernes je m'en vais donc traiter un sujet en exclusivité mondiale sans sortir de chez moi, ah !


Rencontré il y aura bientôt un an, l'arbre à masque suscite émois et questionnements sur la toile, il était donc plus que temps de revenir avec lui sur ces presque 12 mois écoulés depuis le premier confinement, cette pandannée. Confidences avisées du plus sage de nos compagnons sylvestres sur cette année folle.


PIMFB : "Bonjour, Arbre à masque, comment vous portez-vous aujourd'hui ?"

AàM : "Franchement ? Plutôt bien... Vous savez, pour moi comme pour tous les habitués de la rue, passer l'hiver, pandémie ou pas pandémie, est toujours une aventure et l'annonce du printemps, la hausse des températures, les journées qui rallongent, la sève qui frémit, autant de sujets d'exaltation !"

PIFMB : "Pourtant, il y a un an de cela, vous n'étiez pas aussi enthousiaste ! Vous avez un peu surpris tout le monde en adoptant si prématurément le port du masque."

AàM : "Je vous remercie de revenir sur ce point et de me donner l'occasion de répondre à mes détracteurs. J'ai tout entendu à ce sujet. Pff regardez-le, même pas capable de porter correctement son masque, c'est bien la preuve que c'est inutile... Combinard, comment a-t-il pu obtenir cette denrée rare réservée aux soignants ? Ces polémiques stériles m'ont, je l'avoue, épuisé... L'explication est pourtant simple : comme chacun sait, nous, les arbres, sommes les premiers soignants des villes : nous contribuons à la régulation thermique, notamment en cas de canicule, absorbons le CO² et réalimentons l'air en oxygène grâce à la photosynthèse, etc., etc. Pour autant, ce dispositif initialement prévu pour des humains apportait-il toutes garanties pour la gent sylvestre ? Quid d'éventuels effets secondaires ? Une étude sérieuse était donc nécessaire avant de généraliser cette mesure.  Il devint rapidement assez évident pour moi de me porter volontaire pour cet essai, dont j'espère bien que les résultats - aussi probants que ceux de Oodendijk et al. , permettront rapidement la mise en œuvre d'une politique ambitieuse de protection ligneuse."

PIFMB : "Mais, concrètement, comment cela s'est-il passé ?"

AàM : "Franchement, j'étais comme tout le monde. Je me suis beaucoup interrogé : porter ce masque en permanence allait-il affecter ma capacité respiratoire photosynthétique ? Entraverait-il un développement harmonieux ? Comme vous pouvez le constater, il n'en fut rien...
Passée une certaine période d'adaptation, nécessaire, j'ai pu développer mes capacités feuilles, comme à l'accoutumée, sans gène particulière. Cette période a aussi été riche d'échanges, de collaborations et de solidarités nouvelles. J'en veux pour preuve par exemple ces rencontres avec des spécialistes aviaires, dans un climat constructif et apaisé.



Il faut dire aussi que, dans mon cas, le respect de la distanciation sociale physique a beaucoup joué. Les témoignages qui me parviennent par le réseau, de mes camarades en taillis, sans parler même de la forêt primaire amazonienne, sont - je dois bien l'avouer - terrifiants."

PIFMB : "Et, donc, un an après, pouvez-vous nous révéler si l'essai est concluant ?"

AàM : "Ma rigueur scientifique m'interdit de rentrer dans ce petit jeu de vraies fausses révélations autoproclamées, sans relecture rigoureuse par des reviewers indépendants. Tout au plus me permettrais-je de souligner les immenses difficultés occasionnées par la propagande éhontée d'un certain platane marseillais, vous voyez je pense de qui je parle, celui qui se vante de publications en nombre conséquent, un peu facile quand on signe compulsivement le moindre bruissement de ses nombreux rameaux si vous voulez mon avis. Outre la diversion des moyens consacrés à une recherche sérieuse, cette #PassionChlorophylle a considérablement ralenti le recrutement dans l'essai, tous les patients exigeant le traitement à la chlorophylle outrageusement - et nous le savons maintenant, à tort - popularisé. 

Nous rattrapons seulement maintenant ce retard considérable et dommageable, mais j'ai néanmoins le plaisir de pouvoir vous annoncer que le recrutement a repris, et que de nouvelles essences prennent maintenant part à l'essai.


C'est, j'en suis certain, une excellente nouvelle pour la recherche, qui ouvre de nouvelles perspectives sur les vertus prophylactiques du masque arboricole."

PIFMB : "Merci beaucoup Arbre à Masque pour cet échange. Avez-vous un message particulier pour nos lecteurs ?"

AàM : "Merci à vous. Le printemps approchant je voudrais me permettre un petit rappel à la loi. Les réseaux se remplissent de photos de cerisiers en fleurs, bientôt arriveront celles des autres fruitiers. Notre activité sexuelle est trop souvent livrée en pâture aux voyeurs de tout ordre. Si nous nous prêtons volontiers au jeu de la photographie de nos ébats, je tiens à rappeler que la diffusion, sans notre consentement, de telles images est passible de peines conséquentes et que l'argument un peu facile du "Si vous exposez vos organes reproducteurs à n'importe qui, ne venez pas vous plaindre après",
ne tient pas la route. Merci de m'avoir donné l'occasion de rappeler ce message, important à mes yeux."

PIFM : "Arbre à Masque, merci encore et bon printemps à vous."

 






dimanche 28 février 2021

Comme un retour de vacances

Et oui,

On a rangé les anoraks, les chaussures de rando et les bâtons, on a fait la route tôt, très tôt pour éviter les bouchons et s'assurer d'une arrivée avant le fatidique couvre-feu, et nous voilà rentrés...

Mais bon sang que c'était bon ! 

Bon de couper, de tout, j'ai même raté 2 KdB c'est vous dire...

Bon de changer d'air, de retrouver la montagne, la neige (mêlée de sable apporté par le sirocco), de se promener, sans masque, de rencontrer/retrouver des vrais gens, de pique-niquer au soleil, de glandouiller un peu, aussi... De relâcher (un peu) la pression paranoïa sur les gestes barrière parce que les plus âgés d'entre nous étaient déjà (un peu seulement mais un peu quand même) protégés par leur première injection.

Bon de retrouver comme chaque année en partant à la même période, cette rupture entre l'avant hivernal, gris et triste, et un après printanier, premiers arbres fruitiers en fleurs, pas tout à fait premiers mais très sonores gazouillis des zoziaux. Je vous écris fenêtres grandes ouvertes...

Mais du coup un peu difficile de se raccrocher à l'actualité :
- encore un débat stérile sur l'écriture inclusive, qui me rappelle toutefois que nous faisons, insensiblement le deuil d'une pensée universaliste du droit à l'indifférence au profit de l'exacerbation de droits aux différences, de discours victimaires, avec la complicité d'une certaine frange (ou d'une frange certaine) de la gauche ou ce qu'il en reste. Il faudra que j'en fasse un billet, un jour, peut-être, ou pas... Rangeons dans la même catégorie le débat surréaliste sur l'islamo gauchisme à l'université, c'est somme toute du même tonneau de vin marocain.

- tiens à propos de la gauche, des électeurs paumés, qui se demandent ou pas, s'ils voudront encore jouer les castors à la prochaine échéance... pendant que le PS n'en finit pas de consommer sa déchéance et de chercher à tout prix à sauver un appareil, plutôt que de construire un projet... les deux, appareil comme projet évoquant de plus en plus l'allure famélique d'un grand ado anorexique.

- encore une conférence de presse pour dire en substance : l'heure est grave, attendons pour voir et pour décider, déchaînant le désormais habituel concert de yakafokon dont le lunaire "confinons sec pendant 3 semaines pour pouvoir tout réouvrir après", ben voyons, en 3 semaines on aura vacciné tout le monde et les variants auront disparu...

- encore pas assez de personnes vaccinées, de vrais faux symptomatiques (ou hypocondriaques ?) et des protocoles ubuesques qui s'ensuivent,



La routine, quoi !


Bien contente d'avoir fait le plein de soleil et de vitamine D, et reconstitué mon stock de bienveillance...



vendredi 19 février 2021

Méditerranée, 1 point (billet léger)

Aujourd'hui Laurent nous a fait le plaisir d'un billet doux, comme un café avec vue sur la ville, odorant comme les mimosas et le romarin.

Et ce billet, sa photo d'illustration so méditerranéenne (même si, à la réflexion et en étant tout à fait honnête, on pourrait, peut-être, en cherchant bien, trouver des décors analogues du côté de Lisbonne et de l'Alfama, mais bon là n'était pas mon propos), cette ambiance méditerranéenne a provoqué chez moi une bouffée de nostalgie, une envie folle de Méditerranée !

Kavala, rue escalier
Mais pourquoi, d'abord me sentir si méditerranéenne ?
Je suis née dans le 93 dans une famille d'un côté Bourguignonne mâtinée de Morvandiot-Parigot, de l'autre (non bon de l'autre je vous raconterais un autre jour dans un autre billet sinon ça va prendre des plombes, sachez seulement, pour l'éclairage sur notre sujet du jour qu'on se situe encore plus au nord globalement), bref aucune attache familiale de ce côté là. Enfant mes vacances se partageaient entre Vézelay, les rives du Chassezac puis la Dordogne au cœur du triangle magique Montignac-Les Eyzies-Sarlat, la mer y était optionnelle...

Et pourtant, réminiscences de vacances de février au Lavandou, oranges et mimosas en fleurs, quelques séjours en Corse aussi et puis, depuis bien 25 ans maintenant Thasos, cachée au delà des routes touristiques occidentales... Thasos que j'approchais l'été dernier, penchée telle Ocatarinettabellatchitchix à l'avant du ferry, humant à pleins poumons cette odeur de maquis, de ciste, de pin et d'origan (pour la sauge il faut quand même monter un peu).

Ma Méditerranée est olfactive...

Ma Méditerranée est escarpée. Sur les rives que je fréquente, peu de lagunes ou de longues baies, mais la montagne, tout près, des criques, une rencontre entre terre et mer nette et sans nuance, presque brutale,  du pittoresque coloré et presque trop facile me diront certains... soit ! Et alors ?


Mais j'aime aussi déambuler dans ses villes bruyantes et laides d'une négligence qu'on pourrait presque croire délibérée, ces villes orphelines d'architecture (sauf Barcelone évidemment, plus pour le plan Cerda que pour Gaudi).  Parcourez au hasard n'importe quelle ville grecque de bord de mer grande ou moyenne, déambulez-y des heures durant et sortez des quartiers historiques... Si cette laideur, cette vulgarité de cagole au fond de teint qui craquelle et au rimmel qui dégouline, ne vous étreint pas le cœur, c'est que vous n'en avez pas...

Thessalonique, même la neige n'y peut rien
Athènes 28is oktovriou, au delà du musée archéologique


J'ai des amis bretons et des amies bretonnes (j'essaie l'inclusif sans point bidule, mais franchement...), une partie de ma famille est maintenant normande, et il me faut par souci d'équilibre, aussi parler ici de cette mer étrange et changeante au charme moins immédiat, la Manche, l'Océan, la baie du Mont st Michel. 

Côté olfactif, on va plutôt aller sur des notes iodées avec une longueur sur le goémon, à la fois minéral et organique. Ici point de senteur anisée de ricard, ouzo ou casanis, de parfums de vins chargés en syrah, d'agrumes et d'olives... place au cochon, au sarrasin et à la bière...

Côté relief, la terre y est plus plate, du moins dans nos contrées loin des fjords, et c'est la lutte sans cesse recommencée de la mer et de la terre, de la vague et du rocher, de la tangue et de l'eau, du ciel et de ses reflets, qui offre tantôt à coups d'embruns et d'écume, et souvent à l'aide de subtiles nuances dans la couleur, de quoi accrocher notre regard... 


Et dieu que vos villes sont proprettes, apprêtées pour le touriste, sans autre défaut que leur perfection de carte postale (même Lorient, Le Havre et Brest, si si si !).
Par chance il vous reste vos ZAC et zones pavillonnaires, et vos campagnes, les champs d'artichaut du Léon et leurs fermes sans apprêt m'ont réconciliée avec la Bretagne au même titre que les maisons des Orcades, pavillons recouverts d'un enduit piteux d'une laideur attendrissante avec l'Ecosse.




En vérité je crois, rives à marées, je ne vous connais pas encore assez pour vous apprécier vraiment et inlassablement je reviens vers elle... ma Méditerranée abrupte, brutale et contrastée aux couleurs saturées, facile et familière à la limite de la vulgarité. J'y installe mon hamac sous une treille et je flemmarde au chant des cigales et au gratouillis des guêpes faisant du papier pour leur nid.









vendredi 12 février 2021

Coming out, #Metoo #SciencesPorcs, attention billet qui pique

Tu intègres une grande école de commerce… tu n'as pas 20 ans, venue de banlieue et lestée d’une histoire passionnelle épicée de fait divers (ton ex petit ami du lycée t’a harcelée toute l’année de prépa avec apothéose en agression à l’arme à feu, ça ne t’a pas empêchée de réussir les concours) tu deviens assez vite un objet exotique, auréolé d’une brume de danger.


Tu es populaire, tu fais partie du BDE, tu es assaillie par des prétendants sincères, tu tombes amoureuse de l’un d’eux, pas forcément le plus assidu, mais il finit par te plaquer (tu apprendras qu’il s’est remis avec son ex), tu es dévastée, tu finis l’été en lambeaux… Mais tu es tellement populaire que l’ensemble du campus se met en grève à la rentrée suivante pour t’éviter un redoublement pour l’exemple, tu te sens forte, soutenue et entourée. Les fêtes reprennent, l’alcool coule à flot et tu es de nouveau sur le marché. Et il se passe un truc improbable, tu conclus avec un type qui te plait vraiment, mais… peur de t’engager et de souffrir encore, vertige, déni… tu ne donnes pas suite. Résultat : lui passe pour « le coup d’un soir » et toi tu troques ta figure d’objet vaguement exotique auréolé d’une brume de danger, contre un banal « juste une salope ».


L’alcool coule toujours à flot, et personne ne te tourne le dos pour autant, les copains à défaut d’être tous des amis restent des copains fidèles, les copains communs arrivent à composer sans juger.

Jusqu’ici ça passe encore.


Et puis un premier de l’an, chez des étudiants de la même école, mais une ou deux promos en dessous. Eux ne te connaissent pas en tant que personne, juste la grosse étiquette de chaudasse. On te sert un verre en insistant pour que tu boives celui-là précisément, tu ne te méfies pas ! Ensuite c’est le trou noir… tu reprends conscience en compagnie d’un type haletant des « je t’aime » tout en te besognant (mollement quand même). L’amie avec qui tu es venue dans ce guet-apens, vaguement réprobatrice, te dira sur la route du retour qu’elle ne t’a jamais vue aussi déchaînée que lors de cette soirée dont tu n’as aucun souvenir. A l’époque, on parle peu ou pas de la GHB, et même si tu es convaincue au fond de toi que ce n’est pas une ivresse comme une autre (et tu en as connues, mais jamais tu n'as perdu le contrôle)… tu mettras quelques années à mettre le sale nom de viol sur ce qui t’est arrivé. Je ne nomme personne et les faits sont prescrits. Une bande son (par chance pas de vidéo encore à l’époque) circule vaguement sur le campus.

Le dernier semestre d’école ressemble à une descente aux enfers : enchaînement de soirées toujours plus alcoolisées, enlaidissement plus ou moins calculé (au moins 10 kilos, une frange improbable…), succession de coïts approximatifs avec des mecs que tu n’as pas vraiment choisis. On ira jusqu’à balancer dans ta piaule un jeune catho bon teint, du genre qui se réserve pour sa promise, histoire de le dépuceler : au final il en souffrira plus que toi qui en es, pour le coup, déjà au douzième sous-sol de l’estime de soi. Certains des copains, enfin des copines surtout, commencent quand même à prendre leurs distances.

Tout a une fin, l’école s’éloigne, la vie active commence… Tu perds tes kilos de trop et reprends forme humaine, ta vie amoureuse reprend quelques couleurs, tu reviens à des partenaires choisis (mais dans ta boîte de pub qui, par certains aspects, a des allures de campus et où les couples se font et se défont, tu gardes tes distances... C’est bon on ne va pas la refaire !). Tu finis même par te marier (avec le cousin de l’amie qui t’avait conduite à ce fameux réveillon – par ailleurs un authentique féministe, qui prend plus que sa part des tâches ménagères et de la charge mentale qui va avec, ce n’est sans doute pas totalement un hasard) et, chose assez improbable, à être une des premières filles de la bande à avoir des enfants, signe manifeste de rangement et de respectabilité.

Est-ce que j’ai pardonné ? Bien sûr. Mais pardonner à qui d’abord ? Au violeur du 1er janvier, un moche timide sans doute même vaguement sincère et amoureux ? A ses copains qui voulaient juste lui rendre service et expérimenter cette drogue incroyable dont on leur avait parlé, s’amuser un peu au passage aux dépens d’une fille qui n’était rien pour eux, une fille légère qui n’en était sûrement pas à ça près ? A l’amie qui n’a pas compris ce qui se passait ? A l'absolu connard de goujat qui ayant "levé" la même amie - ma codouche - a tenté d'en avoir deux pour le prix d'une en passant par cette fameuse douche partagée - j'ai verrouillé évidemment ? A la jeune fille simplette et naïve que j’étais, qui n’a pas su ou voulu voir, ou voir à temps que ce qu’elle tenait pour acquis, l’égalité hommes femmes et la liberté sexuelle, ne l’étaient pas pour tous, dans toutes les représentations ? La femme que je suis devenue garde énormément de tendresse et d’empathie pour cette jeune fille-là. Chacun des personnages de cette histoire a sa part de responsabilité individuelle bien sûr, mais c’est bien d’un système qu’il est question ici. Je n’aime pas l’expression « culture du viol », je la trouve excessive et déplacée. Mais il est urgent d’agir contre les stéréotypes, contre l’effet de bande ou de meute (cela dit, dans mon cas, avoir une bande, ne pas être isolée, m’a sans doute évité de sombrer plus profondément encore dans ce que je n’identifiais pas alors comme une dépression). Il est temps d’inverser les représentations du courage. Est courageux celui qui parle et dit stop, pas celui qui, pour se conformer aux diktats de la bande, dépasse ses limites morales pour se prouver qu’il en est capableEst courageuse celle qui ose mettre les mots, agression sexuelle, viol, sur des rituels qui, non, ne sont pas bon enfant.

Le temps passe et tu oublies… même le hashtag #metoo te laisse - relativement - indifférente (dans ton histoire, pas de liens de pouvoir ou d'autorité), jusqu’au fameux papier de Mediapart sur HEC, l'ESSEC et l'EDHEC, à la sortie prochaine du livre correspondant, au hashtag #SciencesPorcs et à cette émission avec Laure Adler sur France 5, la découverte hallucinée des soirées zoulette.

Donc cette violence que tu as subie (et, je me permets d’insister, pas que toi : le « coup d’un soir » raillé par ses copains, le puceau, même le violeur-amoureux haletant… sont aussi en quelque sorte des victimes, qui d’autre ?) non seulement elle ne s’est pas éteinte, mais elle s’est aggravée à coup de réseaux sociaux, de photomontages et de mailing lists ?

La résilience en prend un coup, l’envie de vomir est bien là.
Et je salue ces étudiantes courageuses qui prennent le sujet à bras le corps, et j’espère bien, mais bien fort, que les étudiants hommes les rejoindront (voire les rejoignent déjà) dans ce combat et que les écoles, enfin, ouvriront les yeux sur ce qu’elles tolèrent par paresse intellectuelle et morale.

  


samedi 30 janvier 2021

Faire le vide

 "Fais le vide non ne dors pas, fais le vide, fais le comme ça... majeur en l'air, une bouffée d'air, tu traces comme s'il n'y avait que toi !"

Oui, j'ai écouté les paroles de Bilal Hassani. D'abord parce que le titre - en streaming ou téléchargement - est au profit du Téléthon, j'avoue ! Ensuite parce que j'aime bien le petit gars... (et puis il a liké mon tweet en moins d'une seconde, son CM assure...)


Et puis faire le vide, n'est-ce pas une bonne idée là, tout de suite maintenant (tout comme pointer le majeur en l'air et tracer comme s'il n'y avait que soi d'ailleurs) ?

Alors chiche, faisons le vide et traçons !

- Faisons le vide dans nos placards, allez avouez-le c'est le truc typique dont on parlait avant le 1er confinement genre "Ah là là, si seulement j'avais plus de temps à passer chez moi, il faudrait que...", qu'on n'a pas fait pendant le 1er ni le vrai faux 2ème confinement, là je crois que c'est bon !

- Faisons le vide de nos idées noires : Ok c'est dur mais bon, ce n'est ni le journal d'Anne Frank, ni la guerre en Syrie, ni le régime taliban en Afghanistan, ni le tsunami. Dans l'ensemble on est au chaud, on mange à notre faim, on continue à avoir accès à certaines expressions artistiques et culturelles, et tant que la 4G et nos box fonctionnent, même un semblant de vie sociale. OK c'est pas pareil, OK. OK le problème des vaccins ce n'est ni la logistique, ni l'organisation mais la capacité des industriels à honorer leurs commandes OK. Et donc ? Ben oui il va falloir prendre notre mal en patience...

- Tiens, pendant qu'on y est faisons le vide des vraies fausses envie de campagne (la campagne ça pue),

- Faisons le vide de nos vieilles rancœurs et reprenons contact avec Untel, avec qui d'ailleurs on ne sait plus très bien pourquoi on ne parlait plus,

- Faisons le vide dans l'essentiel et l'accessoire, dans nos points soi-disant non négociables sur les propositions politiques, sans consensus donc concessions et sans union, je dis ça je dis rien, mais on est plutôt mal partis (dit celle qui ne s'est jamais encartée).

Et traçons...

Lisons la tribune pour une République écologique, saluons ceux qui proposent...

Reprenons nos projets, personnels, professionnels et entraînons avec nous ceux qui les partagent...

Projetons-nous et si besoin après 2021 sur les projets qui nous emballent...

Et toujours majeur levé aux fâcheux, aux complotistes et trolls de tout poil !