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lundi 29 mars 2021

Dites le avec des fleurs...


Il y a comme une ambiance printanière dans ma blogroll, camelias et narcisses se disputent nos likes et nos commentaires... Car force est de constater qu'à ma gauche on ne parle plus trop politique.

Des renoncules pour inspirer Boris

Tiens ce matin en changeant de pièce je suis passée de Yannick Jadot fantasmant sur une union des gauches en mode programme commun (mon grand tu rêves tout debout) ça c'était sur Inter, à Bruno Lemaire ergotant sur l'épargne à ne pas taxer mais au contraire défiscaliser les flux des grand-parents vers leurs petits enfants, parce que c'est ça la justice de droite (soit dit en passant, bon courage pour conditionner les aides non pas aux revenus mais au patrimoine, fut il transmis par Mamie), ça c'était sur Info.

Et je me suis souvenue que j'étais de gauche et lui de droite...

Bref parti comme c'est nous aurons aux prochaines présidentielles le choix entre : Macron et sa politique ni de gauche ni de gauche (mais pas assez de droite quand même pour certains), un épouvantail - hologramme - de gauche gauchiste (c'est très décoratif) en la personne de l'ineffable Jean Luckovitch, un autre épouvantail - gorgone Marine -, et une jolie collection de nains de jardin plus ou moins verts/roses/bleus néanmoins toujours irréconciliables...

Finalement Voltaire et mes amis blogueurs de gauche ont bien raison, cultivons notre jardin...

Oui je sais billet de feignasse...


vendredi 19 mars 2021

Un géant, un viking, un caricaturiste, un ami, un grand frère...

 Vous avez connu Yann, ou pas.



Qui était Yann ? Après tout qu'importe. Pour beaucoup de ceux qui peinent avec la sidération du jour il était à la fois tout ce que j'ai listé dans le titre. Pour d'autres plus encore !
Il était sans qu'on se le dise le plus fort d'entre nous... Prêt à affronter un ironman comme les derniers jours de sa mère, prêt à traverser l'Europe ou la planète si on avait besoin de lui, ou juste parce qu'on avait planifié un dîner.


Ne se prenant lui même jamais au sérieux. Nos derniers échanges sur une boucle whatsapp ? Une photo des cosmonautes venus intervenir chez lui une nuit où sa femme s'inquiétait de sa saturation. 
La bonne blague ! 
Visiblement le SARS-Cov2 ou la COVID comme vous voudrez les appeler, bref virus et maladie n'ont pas apprécié. 

Ils se sont vengés,

salement ! 


Et nous laissent un vide qu'on peine d'autant à mesurer qu'on n'y croit toujours pas !

Mille et mille pensées à sa femme Ewa (que je ne connais pas) à ses enfants, à ses amis...

samedi 13 mars 2021

Vous nous manquez aussi, franchement. Mais ça, non, ça ne me manquera pas...

Chers artistes, chers metteurs en scène, chers producteurs...

Certes je suis moins rapide que Boris à dégainer mon billet post-César. Car il me faut mettre les mots sur un malaise, et pour cela je suis moins douée que lui et surtout moins que vous.

Ce malaise ce n'est pas le vôtre, vous avez la chance, l'opportunité et les relais pour l'exprimer. Non c'est le mien, celui d'une citoyenne lambda un peu atterrée de ce grand déballage.


La circulation du putain de virus s'accélère, les variants s'avèrent non seulement plus contagieux mais finalement aussi plus dangereux que la souche initiale. Et donc le grand scandale c'est de ne pas réouvrir les cinémas et les théâtres, tant votre envie de travailler est grande, et notre besoin essentiel de culture également.

Au jeu des comparaisons, vous laissez de côté le bon sens. Non passer 2 à 3 heures dans une salle plus ou moins ventilée, à portée d'aérosols d'autres affamés de culture n'est pas comparable à une virée au centre commercial, ou vous croiserez sans doute plus d'affamés de biens bassement matériels, mais chacun pas plus de quelques secondes, quelques minutes s'il y a de la queue aux caisses... (Pour les messes, OK rien à dire)

Non vous n'êtes ni plus ni moins à plaindre que d'autres secteurs, d'autres précaires également sinistrés : auto entrepreneurs, saisonniers précaires et autres cumulards de petits jobs au black racisé pour ne citer qu'eux. Au moins Jeanne Balibar aura pensé à eux aussi.

Je comprends la blessure narcissique à être considérés comme "non essentiels", mais venant de vous elle me déçoit. Elle me déçoit car je ne vous aime jamais tant que quand vous me faites oublier le comédien pour le personnage, le réalisateur pour l'auteur ou le récit. Alors quand votre égo remonte si visiblement à la surface, oui je suis gênée.

Vous qui devriez incarner l'avant-garde, nous donnez le spectacle d'un conservatisme piteux, d'une chouinerie au mieux désagréable, à la limite odieuse. Qui parmi vous aura choisi d'investir les écoles, collèges et lycées, que nous pouvons nous féliciter d'avoir plus que d'autres maintenus ouverts ? Qui pour porter ces textes grands ou petits auprès de nos jeunes qui ont tant besoin pourtant, de s'oublier et d'ouvrir leurs esprits ? Qui pour aller chercher son public, à défaut d'un modèle économique, sur ces media et réseaux restés accessibles ?

Quelques uns, dont quelques belles découvertes, mais si peu, si peu...

Nous rouvrirons un jour ces théâtres, ces salles de concert et ces cinémas, vous retrouverez votre public suffisamment argenté pour s'offrir ce plaisir luxe essentiel. Mais entre ce public et vous, quelque chose se sera peut-être perdu en route...

Je vous aime et vous me manquez trop pour vous en tenir rancune longtemps, je sais aussi l'énergie déployée par les moins visibles, les moins exposés d'entre vous pour, envers et contre tout, créer, inventer, raconter, habiter et mettre en récit la vie d'après : et ça, ça oui c'est essentiel pour nous tous.

dimanche 7 mars 2021

Bientôt un an (interview exclusive) !


Blogueuse intermittente, me voilà prise d'une drôle de lubie. Telle une authentique journaliste des temps modernes je m'en vais donc traiter un sujet en exclusivité mondiale sans sortir de chez moi, ah !


Rencontré il y aura bientôt un an, l'arbre à masque suscite émois et questionnements sur la toile, il était donc plus que temps de revenir avec lui sur ces presque 12 mois écoulés depuis le premier confinement, cette pandannée. Confidences avisées du plus sage de nos compagnons sylvestres sur cette année folle.


PIMFB : "Bonjour, Arbre à masque, comment vous portez-vous aujourd'hui ?"

AàM : "Franchement ? Plutôt bien... Vous savez, pour moi comme pour tous les habitués de la rue, passer l'hiver, pandémie ou pas pandémie, est toujours une aventure et l'annonce du printemps, la hausse des températures, les journées qui rallongent, la sève qui frémit, autant de sujets d'exaltation !"

PIFMB : "Pourtant, il y a un an de cela, vous n'étiez pas aussi enthousiaste ! Vous avez un peu surpris tout le monde en adoptant si prématurément le port du masque."

AàM : "Je vous remercie de revenir sur ce point et de me donner l'occasion de répondre à mes détracteurs. J'ai tout entendu à ce sujet. Pff regardez-le, même pas capable de porter correctement son masque, c'est bien la preuve que c'est inutile... Combinard, comment a-t-il pu obtenir cette denrée rare réservée aux soignants ? Ces polémiques stériles m'ont, je l'avoue, épuisé... L'explication est pourtant simple : comme chacun sait, nous, les arbres, sommes les premiers soignants des villes : nous contribuons à la régulation thermique, notamment en cas de canicule, absorbons le CO² et réalimentons l'air en oxygène grâce à la photosynthèse, etc., etc. Pour autant, ce dispositif initialement prévu pour des humains apportait-il toutes garanties pour la gent sylvestre ? Quid d'éventuels effets secondaires ? Une étude sérieuse était donc nécessaire avant de généraliser cette mesure.  Il devint rapidement assez évident pour moi de me porter volontaire pour cet essai, dont j'espère bien que les résultats - aussi probants que ceux de Oodendijk et al. , permettront rapidement la mise en œuvre d'une politique ambitieuse de protection ligneuse."

PIFMB : "Mais, concrètement, comment cela s'est-il passé ?"

AàM : "Franchement, j'étais comme tout le monde. Je me suis beaucoup interrogé : porter ce masque en permanence allait-il affecter ma capacité respiratoire photosynthétique ? Entraverait-il un développement harmonieux ? Comme vous pouvez le constater, il n'en fut rien...
Passée une certaine période d'adaptation, nécessaire, j'ai pu développer mes capacités feuilles, comme à l'accoutumée, sans gène particulière. Cette période a aussi été riche d'échanges, de collaborations et de solidarités nouvelles. J'en veux pour preuve par exemple ces rencontres avec des spécialistes aviaires, dans un climat constructif et apaisé.



Il faut dire aussi que, dans mon cas, le respect de la distanciation sociale physique a beaucoup joué. Les témoignages qui me parviennent par le réseau, de mes camarades en taillis, sans parler même de la forêt primaire amazonienne, sont - je dois bien l'avouer - terrifiants."

PIFMB : "Et, donc, un an après, pouvez-vous nous révéler si l'essai est concluant ?"

AàM : "Ma rigueur scientifique m'interdit de rentrer dans ce petit jeu de vraies fausses révélations autoproclamées, sans relecture rigoureuse par des reviewers indépendants. Tout au plus me permettrais-je de souligner les immenses difficultés occasionnées par la propagande éhontée d'un certain platane marseillais, vous voyez je pense de qui je parle, celui qui se vante de publications en nombre conséquent, un peu facile quand on signe compulsivement le moindre bruissement de ses nombreux rameaux si vous voulez mon avis. Outre la diversion des moyens consacrés à une recherche sérieuse, cette #PassionChlorophylle a considérablement ralenti le recrutement dans l'essai, tous les patients exigeant le traitement à la chlorophylle outrageusement - et nous le savons maintenant, à tort - popularisé. 

Nous rattrapons seulement maintenant ce retard considérable et dommageable, mais j'ai néanmoins le plaisir de pouvoir vous annoncer que le recrutement a repris, et que de nouvelles essences prennent maintenant part à l'essai.


C'est, j'en suis certain, une excellente nouvelle pour la recherche, qui ouvre de nouvelles perspectives sur les vertus prophylactiques du masque arboricole."

PIFMB : "Merci beaucoup Arbre à Masque pour cet échange. Avez-vous un message particulier pour nos lecteurs ?"

AàM : "Merci à vous. Le printemps approchant je voudrais me permettre un petit rappel à la loi. Les réseaux se remplissent de photos de cerisiers en fleurs, bientôt arriveront celles des autres fruitiers. Notre activité sexuelle est trop souvent livrée en pâture aux voyeurs de tout ordre. Si nous nous prêtons volontiers au jeu de la photographie de nos ébats, je tiens à rappeler que la diffusion, sans notre consentement, de telles images est passible de peines conséquentes et que l'argument un peu facile du "Si vous exposez vos organes reproducteurs à n'importe qui, ne venez pas vous plaindre après",
ne tient pas la route. Merci de m'avoir donné l'occasion de rappeler ce message, important à mes yeux."

PIFM : "Arbre à Masque, merci encore et bon printemps à vous."

 






dimanche 28 février 2021

Comme un retour de vacances

Et oui,

On a rangé les anoraks, les chaussures de rando et les bâtons, on a fait la route tôt, très tôt pour éviter les bouchons et s'assurer d'une arrivée avant le fatidique couvre-feu, et nous voilà rentrés...

Mais bon sang que c'était bon ! 

Bon de couper, de tout, j'ai même raté 2 KdB c'est vous dire...

Bon de changer d'air, de retrouver la montagne, la neige (mêlée de sable apporté par le sirocco), de se promener, sans masque, de rencontrer/retrouver des vrais gens, de pique-niquer au soleil, de glandouiller un peu, aussi... De relâcher (un peu) la pression paranoïa sur les gestes barrière parce que les plus âgés d'entre nous étaient déjà (un peu seulement mais un peu quand même) protégés par leur première injection.

Bon de retrouver comme chaque année en partant à la même période, cette rupture entre l'avant hivernal, gris et triste, et un après printanier, premiers arbres fruitiers en fleurs, pas tout à fait premiers mais très sonores gazouillis des zoziaux. Je vous écris fenêtres grandes ouvertes...

Mais du coup un peu difficile de se raccrocher à l'actualité :
- encore un débat stérile sur l'écriture inclusive, qui me rappelle toutefois que nous faisons, insensiblement le deuil d'une pensée universaliste du droit à l'indifférence au profit de l'exacerbation de droits aux différences, de discours victimaires, avec la complicité d'une certaine frange (ou d'une frange certaine) de la gauche ou ce qu'il en reste. Il faudra que j'en fasse un billet, un jour, peut-être, ou pas... Rangeons dans la même catégorie le débat surréaliste sur l'islamo gauchisme à l'université, c'est somme toute du même tonneau de vin marocain.

- tiens à propos de la gauche, des électeurs paumés, qui se demandent ou pas, s'ils voudront encore jouer les castors à la prochaine échéance... pendant que le PS n'en finit pas de consommer sa déchéance et de chercher à tout prix à sauver un appareil, plutôt que de construire un projet... les deux, appareil comme projet évoquant de plus en plus l'allure famélique d'un grand ado anorexique.

- encore une conférence de presse pour dire en substance : l'heure est grave, attendons pour voir et pour décider, déchaînant le désormais habituel concert de yakafokon dont le lunaire "confinons sec pendant 3 semaines pour pouvoir tout réouvrir après", ben voyons, en 3 semaines on aura vacciné tout le monde et les variants auront disparu...

- encore pas assez de personnes vaccinées, de vrais faux symptomatiques (ou hypocondriaques ?) et des protocoles ubuesques qui s'ensuivent,



La routine, quoi !


Bien contente d'avoir fait le plein de soleil et de vitamine D, et reconstitué mon stock de bienveillance...



vendredi 19 février 2021

Méditerranée, 1 point (billet léger)

Aujourd'hui Laurent nous a fait le plaisir d'un billet doux, comme un café avec vue sur la ville, odorant comme les mimosas et le romarin.

Et ce billet, sa photo d'illustration so méditerranéenne (même si, à la réflexion et en étant tout à fait honnête, on pourrait, peut-être, en cherchant bien, trouver des décors analogues du côté de Lisbonne et de l'Alfama, mais bon là n'était pas mon propos), cette ambiance méditerranéenne a provoqué chez moi une bouffée de nostalgie, une envie folle de Méditerranée !

Kavala, rue escalier
Mais pourquoi, d'abord me sentir si méditerranéenne ?
Je suis née dans le 93 dans une famille d'un côté Bourguignonne mâtinée de Morvandiot-Parigot, de l'autre (non bon de l'autre je vous raconterais un autre jour dans un autre billet sinon ça va prendre des plombes, sachez seulement, pour l'éclairage sur notre sujet du jour qu'on se situe encore plus au nord globalement), bref aucune attache familiale de ce côté là. Enfant mes vacances se partageaient entre Vézelay, les rives du Chassezac puis la Dordogne au cœur du triangle magique Montignac-Les Eyzies-Sarlat, la mer y était optionnelle...

Et pourtant, réminiscences de vacances de février au Lavandou, oranges et mimosas en fleurs, quelques séjours en Corse aussi et puis, depuis bien 25 ans maintenant Thasos, cachée au delà des routes touristiques occidentales... Thasos que j'approchais l'été dernier, penchée telle Ocatarinettabellatchitchix à l'avant du ferry, humant à pleins poumons cette odeur de maquis, de ciste, de pin et d'origan (pour la sauge il faut quand même monter un peu).

Ma Méditerranée est olfactive...

Ma Méditerranée est escarpée. Sur les rives que je fréquente, peu de lagunes ou de longues baies, mais la montagne, tout près, des criques, une rencontre entre terre et mer nette et sans nuance, presque brutale,  du pittoresque coloré et presque trop facile me diront certains... soit ! Et alors ?


Mais j'aime aussi déambuler dans ses villes bruyantes et laides d'une négligence qu'on pourrait presque croire délibérée, ces villes orphelines d'architecture (sauf Barcelone évidemment, plus pour le plan Cerda que pour Gaudi).  Parcourez au hasard n'importe quelle ville grecque de bord de mer grande ou moyenne, déambulez-y des heures durant et sortez des quartiers historiques... Si cette laideur, cette vulgarité de cagole au fond de teint qui craquelle et au rimmel qui dégouline, ne vous étreint pas le cœur, c'est que vous n'en avez pas...

Thessalonique, même la neige n'y peut rien
Athènes 28is oktovriou, au delà du musée archéologique


J'ai des amis bretons et des amies bretonnes (j'essaie l'inclusif sans point bidule, mais franchement...), une partie de ma famille est maintenant normande, et il me faut par souci d'équilibre, aussi parler ici de cette mer étrange et changeante au charme moins immédiat, la Manche, l'Océan, la baie du Mont st Michel. 

Côté olfactif, on va plutôt aller sur des notes iodées avec une longueur sur le goémon, à la fois minéral et organique. Ici point de senteur anisée de ricard, ouzo ou casanis, de parfums de vins chargés en syrah, d'agrumes et d'olives... place au cochon, au sarrasin et à la bière...

Côté relief, la terre y est plus plate, du moins dans nos contrées loin des fjords, et c'est la lutte sans cesse recommencée de la mer et de la terre, de la vague et du rocher, de la tangue et de l'eau, du ciel et de ses reflets, qui offre tantôt à coups d'embruns et d'écume, et souvent à l'aide de subtiles nuances dans la couleur, de quoi accrocher notre regard... 


Et dieu que vos villes sont proprettes, apprêtées pour le touriste, sans autre défaut que leur perfection de carte postale (même Lorient, Le Havre et Brest, si si si !).
Par chance il vous reste vos ZAC et zones pavillonnaires, et vos campagnes, les champs d'artichaut du Léon et leurs fermes sans apprêt m'ont réconciliée avec la Bretagne au même titre que les maisons des Orcades, pavillons recouverts d'un enduit piteux d'une laideur attendrissante avec l'Ecosse.




En vérité je crois, rives à marées, je ne vous connais pas encore assez pour vous apprécier vraiment et inlassablement je reviens vers elle... ma Méditerranée abrupte, brutale et contrastée aux couleurs saturées, facile et familière à la limite de la vulgarité. J'y installe mon hamac sous une treille et je flemmarde au chant des cigales et au gratouillis des guêpes faisant du papier pour leur nid.









vendredi 12 février 2021

Coming out, #Metoo #SciencesPorcs, attention billet qui pique

Tu intègres une grande école de commerce… tu n'as pas 20 ans, venue de banlieue et lestée d’une histoire passionnelle épicée de fait divers (ton ex petit ami du lycée t’a harcelée toute l’année de prépa avec apothéose en agression à l’arme à feu, ça ne t’a pas empêchée de réussir les concours) tu deviens assez vite un objet exotique, auréolé d’une brume de danger.


Tu es populaire, tu fais partie du BDE, tu es assaillie par des prétendants sincères, tu tombes amoureuse de l’un d’eux, pas forcément le plus assidu, mais il finit par te plaquer (tu apprendras qu’il s’est remis avec son ex), tu es dévastée, tu finis l’été en lambeaux… Mais tu es tellement populaire que l’ensemble du campus se met en grève à la rentrée suivante pour t’éviter un redoublement pour l’exemple, tu te sens forte, soutenue et entourée. Les fêtes reprennent, l’alcool coule à flot et tu es de nouveau sur le marché. Et il se passe un truc improbable, tu conclus avec un type qui te plait vraiment, mais… peur de t’engager et de souffrir encore, vertige, déni… tu ne donnes pas suite. Résultat : lui passe pour « le coup d’un soir » et toi tu troques ta figure d’objet vaguement exotique auréolé d’une brume de danger, contre un banal « juste une salope ».


L’alcool coule toujours à flot, et personne ne te tourne le dos pour autant, les copains à défaut d’être tous des amis restent des copains fidèles, les copains communs arrivent à composer sans juger.

Jusqu’ici ça passe encore.


Et puis un premier de l’an, chez des étudiants de la même école, mais une ou deux promos en dessous. Eux ne te connaissent pas en tant que personne, juste la grosse étiquette de chaudasse. On te sert un verre en insistant pour que tu boives celui-là précisément, tu ne te méfies pas ! Ensuite c’est le trou noir… tu reprends conscience en compagnie d’un type haletant des « je t’aime » tout en te besognant (mollement quand même). L’amie avec qui tu es venue dans ce guet-apens, vaguement réprobatrice, te dira sur la route du retour qu’elle ne t’a jamais vue aussi déchaînée que lors de cette soirée dont tu n’as aucun souvenir. A l’époque, on parle peu ou pas de la GHB, et même si tu es convaincue au fond de toi que ce n’est pas une ivresse comme une autre (et tu en as connues, mais jamais tu n'as perdu le contrôle)… tu mettras quelques années à mettre le sale nom de viol sur ce qui t’est arrivé. Je ne nomme personne et les faits sont prescrits. Une bande son (par chance pas de vidéo encore à l’époque) circule vaguement sur le campus.

Le dernier semestre d’école ressemble à une descente aux enfers : enchaînement de soirées toujours plus alcoolisées, enlaidissement plus ou moins calculé (au moins 10 kilos, une frange improbable…), succession de coïts approximatifs avec des mecs que tu n’as pas vraiment choisis. On ira jusqu’à balancer dans ta piaule un jeune catho bon teint, du genre qui se réserve pour sa promise, histoire de le dépuceler : au final il en souffrira plus que toi qui en es, pour le coup, déjà au douzième sous-sol de l’estime de soi. Certains des copains, enfin des copines surtout, commencent quand même à prendre leurs distances.

Tout a une fin, l’école s’éloigne, la vie active commence… Tu perds tes kilos de trop et reprends forme humaine, ta vie amoureuse reprend quelques couleurs, tu reviens à des partenaires choisis (mais dans ta boîte de pub qui, par certains aspects, a des allures de campus et où les couples se font et se défont, tu gardes tes distances... C’est bon on ne va pas la refaire !). Tu finis même par te marier (avec le cousin de l’amie qui t’avait conduite à ce fameux réveillon – par ailleurs un authentique féministe, qui prend plus que sa part des tâches ménagères et de la charge mentale qui va avec, ce n’est sans doute pas totalement un hasard) et, chose assez improbable, à être une des premières filles de la bande à avoir des enfants, signe manifeste de rangement et de respectabilité.

Est-ce que j’ai pardonné ? Bien sûr. Mais pardonner à qui d’abord ? Au violeur du 1er janvier, un moche timide sans doute même vaguement sincère et amoureux ? A ses copains qui voulaient juste lui rendre service et expérimenter cette drogue incroyable dont on leur avait parlé, s’amuser un peu au passage aux dépens d’une fille qui n’était rien pour eux, une fille légère qui n’en était sûrement pas à ça près ? A l’amie qui n’a pas compris ce qui se passait ? A l'absolu connard de goujat qui ayant "levé" la même amie - ma codouche - a tenté d'en avoir deux pour le prix d'une en passant par cette fameuse douche partagée - j'ai verrouillé évidemment ? A la jeune fille simplette et naïve que j’étais, qui n’a pas su ou voulu voir, ou voir à temps que ce qu’elle tenait pour acquis, l’égalité hommes femmes et la liberté sexuelle, ne l’étaient pas pour tous, dans toutes les représentations ? La femme que je suis devenue garde énormément de tendresse et d’empathie pour cette jeune fille-là. Chacun des personnages de cette histoire a sa part de responsabilité individuelle bien sûr, mais c’est bien d’un système qu’il est question ici. Je n’aime pas l’expression « culture du viol », je la trouve excessive et déplacée. Mais il est urgent d’agir contre les stéréotypes, contre l’effet de bande ou de meute (cela dit, dans mon cas, avoir une bande, ne pas être isolée, m’a sans doute évité de sombrer plus profondément encore dans ce que je n’identifiais pas alors comme une dépression). Il est temps d’inverser les représentations du courage. Est courageux celui qui parle et dit stop, pas celui qui, pour se conformer aux diktats de la bande, dépasse ses limites morales pour se prouver qu’il en est capableEst courageuse celle qui ose mettre les mots, agression sexuelle, viol, sur des rituels qui, non, ne sont pas bon enfant.

Le temps passe et tu oublies… même le hashtag #metoo te laisse - relativement - indifférente (dans ton histoire, pas de liens de pouvoir ou d'autorité), jusqu’au fameux papier de Mediapart sur HEC, l'ESSEC et l'EDHEC, à la sortie prochaine du livre correspondant, au hashtag #SciencesPorcs et à cette émission avec Laure Adler sur France 5, la découverte hallucinée des soirées zoulette.

Donc cette violence que tu as subie (et, je me permets d’insister, pas que toi : le « coup d’un soir » raillé par ses copains, le puceau, même le violeur-amoureux haletant… sont aussi en quelque sorte des victimes, qui d’autre ?) non seulement elle ne s’est pas éteinte, mais elle s’est aggravée à coup de réseaux sociaux, de photomontages et de mailing lists ?

La résilience en prend un coup, l’envie de vomir est bien là.
Et je salue ces étudiantes courageuses qui prennent le sujet à bras le corps, et j’espère bien, mais bien fort, que les étudiants hommes les rejoindront (voire les rejoignent déjà) dans ce combat et que les écoles, enfin, ouvriront les yeux sur ce qu’elles tolèrent par paresse intellectuelle et morale.

  


samedi 30 janvier 2021

Faire le vide

 "Fais le vide non ne dors pas, fais le vide, fais le comme ça... majeur en l'air, une bouffée d'air, tu traces comme s'il n'y avait que toi !"

Oui, j'ai écouté les paroles de Bilal Hassani. D'abord parce que le titre - en streaming ou téléchargement - est au profit du Téléthon, j'avoue ! Ensuite parce que j'aime bien le petit gars... (et puis il a liké mon tweet en moins d'une seconde, son CM assure...)


Et puis faire le vide, n'est-ce pas une bonne idée là, tout de suite maintenant (tout comme pointer le majeur en l'air et tracer comme s'il n'y avait que soi d'ailleurs) ?

Alors chiche, faisons le vide et traçons !

- Faisons le vide dans nos placards, allez avouez-le c'est le truc typique dont on parlait avant le 1er confinement genre "Ah là là, si seulement j'avais plus de temps à passer chez moi, il faudrait que...", qu'on n'a pas fait pendant le 1er ni le vrai faux 2ème confinement, là je crois que c'est bon !

- Faisons le vide de nos idées noires : Ok c'est dur mais bon, ce n'est ni le journal d'Anne Frank, ni la guerre en Syrie, ni le régime taliban en Afghanistan, ni le tsunami. Dans l'ensemble on est au chaud, on mange à notre faim, on continue à avoir accès à certaines expressions artistiques et culturelles, et tant que la 4G et nos box fonctionnent, même un semblant de vie sociale. OK c'est pas pareil, OK. OK le problème des vaccins ce n'est ni la logistique, ni l'organisation mais la capacité des industriels à honorer leurs commandes OK. Et donc ? Ben oui il va falloir prendre notre mal en patience...

- Tiens, pendant qu'on y est faisons le vide des vraies fausses envie de campagne (la campagne ça pue),

- Faisons le vide de nos vieilles rancœurs et reprenons contact avec Untel, avec qui d'ailleurs on ne sait plus très bien pourquoi on ne parlait plus,

- Faisons le vide dans l'essentiel et l'accessoire, dans nos points soi-disant non négociables sur les propositions politiques, sans consensus donc concessions et sans union, je dis ça je dis rien, mais on est plutôt mal partis (dit celle qui ne s'est jamais encartée).

Et traçons...

Lisons la tribune pour une République écologique, saluons ceux qui proposent...

Reprenons nos projets, personnels, professionnels et entraînons avec nous ceux qui les partagent...

Projetons-nous et si besoin après 2021 sur les projets qui nous emballent...

Et toujours majeur levé aux fâcheux, aux complotistes et trolls de tout poil !


dimanche 24 janvier 2021

Tenir


Tenir le rythme (ce n'est pas le tout d'avoir ouvert un blog) 
Tenir tête aux fâcheux
Tenir bon 
Tenir tout court


Temps de loisir quotidien limité à la "promenade courses" de la pause de midi, projets de vacances en février suspendus à la menace d'un prochain reconfinement, projets amicaux et familiaux en trop long standby... Autour de nous les signes de craquage imminent se multiplient, vous pouvez les lire ici, , et puis là-encore... Marre du télétravail, marre du couvre feu, marre d'être pris pour des cons... 

On en oublierait presque à ce jeu des comparaisons que :
1 - sans confinement, sans fermeture des écoles, mais avec des tests remboursés à 100%, on s'en sort plutôt mieux que nos voisins dans cette interminable 2 ème vague,
2 - qu'aucun gouvernement n'est responsable du retard de Sanofi sur son vaccin, des difficultés et retards de production de Pfizer,

J'avais pensé à faire un billet que j'aurais titré Désindignez-vous ! Mais à la réflexion il n'aurait pas été très différent d'un précédent Je vous demande vous arrêter : remplacez masques, tests, #PassionChloroquine, par vaccination, couvre-feu, reconfinement... et ça fait la blague... [N.B. on aura au passage noté le peu d'écho apporté au retour, par les équipes de l'IHU elles-mêmes sur les premières études Raoultiennes, celles-là même qui ont déclenché une passion mondiale, et de ce fait aspiré des montants et des moyens de recherche pour les conforter/invalider qui eussent tout de même pu être mieux employés.]

Pendant ce temps, pendant qu'on s'énerve sur des non-sujets 
Le déficit est X2 au nom du quoi qu'il en coûte, ce qui ne fait pas vraiment de notre pays un eldorado néo-libéral me semble-t-il,
Le PS consacrerait ce qui lui reste d'énergies à penser à changer de nom,
Se prépare une loi qui au nom de principes auxquels chacun peut adhérer (ou pas mais ceci est une autre histoire), octroierait à Bercy un pouvoir discrétionnaire sur la qualification d'intérêt général des associations et fondations,
Parcoursup vient d'ouvrir et donne aux parents de la génération 2003 privée de bac l'opportunité de se projeter, avec et pour eux dans l'avenir - ce qui je le reconnais représente une bouffée d'air dans notre monde cloisonné et privé de projets...
A ce sujet les "grandes écoles" se révèlent, pour ceux qui en douteraient encore, un redoutable reproducteur social à rebours de la promesse initiale d'égalité républicaine des concours.
Et comme d'hab à l'approche des présidentielles, les non encore candidats se testent et mesurent leurs chances à coup de fuites et d'initiatives réseaux-sociales savamment calculées...

Et surtout on évite les questions qui fâchent :
Comment concilier universalisme et égalité républicaine et montée des identitarismes plus ou moins victimaires, mais aux constats fondés et partageables ? Comment construire une position de gauche sur ces sujets et sortir de l'opposition caricaturale entre une position de principe certes louable mais teintée d'un angélisme méritocratique qui confinerait à la naïveté - et la défense de communautés plus ou moins constituées qui construisent un discours de division à partir de constats et de faits qui eux sont incontestables... Quelle position face à la cancel culture ? Quelle réponse aux inégalités de fait qui mettent à mal l'égalité de droit ? Comment concilier liberté d'entreprendre, de s'associer, et primauté de l'intérêt général et du bien commun ? Quel rôle pour l'Etat ? Quelle écologie ? Quelle santé ? Quel équilibre exécutif / legislatif  - Police/Justice (pas pour l'Etat d'Urgence mais pour demain) ? 

Je ne crois pas avoir lu quoi que ce soit d'intéressant sur ces sujets depuis des lustres...

Alors en attendant, on tient, ne serait-ce que parce que toutes ces questions-là nous attendent.
Tenez bon les gars et les filles, un jour peut-être on pourra arrêter de râler pour rien et discuter des vrais sujets...




jeudi 14 janvier 2021

2020... un top 12, vraiment ?

 TOP 2020

Et bien voilà, sur un mouvement lancé par Elodie inspirée par Laurent et repris par Nicolas et Sylvie, sans aucune originalité donc, à mon tour de me livrer à mon "BestOf 2020"

1. Le temps de l'innocence, quand on ne savait pas encore, ou pas vraiment... En janvier un 1er de l'an

Palerme, une rue

en Sicile, les pentes enneigées de l'Etna, les déambulations dans Palerme, Syracuse ou Notto, Segeste sous un orage de grêle, une improbable escale à Gibellina, en février dernier séjour aux sports d'hiver (mais déjà certains s'y mouchaient du coude)...


2. Le télétravail et ses quelques bons aspects : l'économie des 2h30 de trajet quotidiennes, ce nouveau rapport aux collègues, ces projets incroyables, cette efficacité, une gestion assouplie (bon OK un peu trop parfois) des agendas qui a permis de multiplier les réunions et d'accélérer le travail en inter-équipes.


3. (OK ça pourrait être un 2 bis) l'abribus virtuel : un rendez-vous teams quotidien et open où on vient parler entre collègues de tout sauf justement de travail, où on a partagé quelques fous rires, quelques "scènes de ma vie de confiné", et les ras-le-bol aussi.

4. Cuisine et pâtisserie : franchement, je me suis fait plaisir : arancinis (nostalgie sicilienne et recette by Ellia), croquants de Cordes, entreprises pâtissières saupoudrées de premières fois : Paris Brest maison, Fraisier, Framboisier apothéose du cheese-cake sans oublier côté salé l'ajout de quelques recettes à notre gamme, du risotto poulet petits pois carottes aux nouilles sautées boeuf et oignons (en revanche il faut vraiment que je trouve un endroit pratique et accessible pour le wok), vrai gratin dauphinois quand tu es chez toi et que tu as le temps...


5. Les teamspéro, skypéro, les boucles whatsapp et certains échanges sur les réseaux sociaux avec ce paradoxe : c'est souvent avec ceux qui sont le plus loin géographiquement (et avec lesquels on se demande bien pourquoi il a fallu attendre ce confinement pour avoir cette idée) que ça a le mieux marché : spéciale dédicace à David le texan, Nicolas le slovaque, François le belge ou encore Yann le polonais.


6. Couture... comme je l'ai écrit sur Facebook on m'aurait dit en 2019 que je benchmarquerais des tutos coutures masques norme AFNOR pour finir par bricoler le mien (je déteste les tutos vidéo, voilà ça c'est dit) - en fait c'est un peu comme la cuisine : je prends 2/3 recettes, j'ajoute ma touche personnelle et je fais à ma sauce au final.


7. Jardinage et fleurs coupées : la simultanéité du déconfinement et de la saison des pivoines : occasion d'une orgie pivoinesque, reconstitution d'un petit "jardin de cuisine" : mélange d'herbes aromatiques et de plantes à fleur...

8. Le déconfinement, tout le déconfinement : il faisait beau, c'était le printemps, revoir ma famille, se voir à défaut de se toucher ou de s'embrasser, retrouver les collègues masqués et distancés, trouver presque du plaisir aux 2h30 quotidiennes de transport - cette parenthèse entre le boulot et la sollicitation familiale - et ce qu'elle comporte de bavasseries entre collègues, écoute de podcasts et playlist voire visionnage totalement déculpabilisé de séries (alors que dans mon chez moi / poste de télétravail, j'avoue, j'avais du mal à me l'autoriser).


9. L'été presque en liberté : en juillet la Toscane, Florence, Sienne, San Giminiano, Pise rien que pour nous ou presque, une Grèce nostalgique en août dans une ambiance étrange, familiale et débarrassée de la part la plus tapageuse des touristes et fêtards. Ajoutez qu'on y a échappé à la canicule qui sévissait alors en France. En bonus cette photo digne d'un autre méditerranéen de ce couple mère/fille sur une plage désertée à l'approche de l'orage...

10. L'apprivoisement des mesures barrière, un séminaire en présentiel mais à 2 mètres les uns des autres, le retour au travail de l'avant reconfinement. Un rassemblement fin septembre de 250 personnes (bénévoles de l'AFM je vous laisse spéculer sur la moyenne d'âge), avec une organisation et une logistique d'enfer - la même ou presque pour le Téléthon en décembre dans les studios de la Plaine Saint Denis... pas de cluster ! Si j'insiste sur ce point c'est parce que j'ai mesuré combien ceux qui ne les ont pas vécues (parce que pas concernés, parce que dans de grosses boîtes avec télétravail strict...) fantasment sur la contrainte voire l'inapplicabilité des mesures barrières : finalement vivre avec un masque H24 ou presque, le flacon de gel à portée de main, les déjeuners en quinconce et les pauses clope à bonne distance : en vrai c'est supportable, ça permet de faire plein de choses et de voir de vrais gens !

11. Sans plagier Elodie (mais bon je ne l'ai pas recrutée pour rien non plus) un P... de Téléthon de dingues, à la rage, à l'énergie et à l'envie... et ces enfants soignés, ces maladies qu'on nous disait incurables, ces pistes thérapeutiques qu'on nous disait irréalistes... Incroyable fierté d'avoir rejoint cette bande de fous furieux et d'avancer encore !




12. Et, dans le désordre, un improbable arbre à masque, le deuxième confinement et ses parcs et jardins ouverts, reconquérir Paris comme un grand terrain de promenades (surtout à plus de 1 km), retrouver en décembre la neige et l'air pur dans une invraisemblable et so authentique ferme du Doubs, la famille H et son grain de folie, des images qu'on n'aurait jamais pensé (re)partager et la force des liens (je ne parle pas des liens hypertexte) qu'on a noués et renoués...

Et pour 2021, comme je le disais tout à l'heure à certains collègues on va plutôt se souhaiter une bonne journée, un jour après l'autre et ça devrait aller ! 




vendredi 8 janvier 2021

C'est l'Orestie, mais à l'envers...

L'Orestie, mise en scène de Roméo Capellucci
(pas de crédit pour la photo)
Drôle de titre pour un billet. En plus il risque d'être long et il vous faudra, je le crains, le lire jusqu'au bout pour comprendre où je veux en venir.

On se lance dans le bloguage et voilà qu'on se retrouve plongé dans une actualité aussi brûlante que délirante, et on s'interroge. Qu'ajouter aux échanges sans rabâcher, plussoyer ou troller ?

Ok je suis joueuse, j'essaie !
 

En début de semaine on apprend donc qu'un constitutionnaliste célèbre et respecté, époux d'une historienne également célèbre et respectée est mis en cause par sa belle-fille pour des actes pédo-criminels commis sur son beau-fils (frère jumeau de la belle-fille, suivez un peu !). Elodie et Nicolas ont beaucoup écrit sur le sujet qui a été commenté chez eux ou sur Facebook, mais une question a soigneusement et diplomatiquement été évitée (enfin, si j'ai bien suivi, sauf dans les échanges, musclés, entre Elodie et Michèle Delaunay) : "si crime il y a et qu'il est juridiquement prescrit, quel est le sens de cet outing ?".
S'ensuit une invasion hallucinante du Capitole US : à l'image un improbable folklore en mode Jamiroquai/Village People rhabillés de drapeaux confédérés et T-Shirts néo-nazis. 

On ergote alors sur la qualification de ces tristes clowns et de leur tristissime et clownissime leader : fascisme ou populisme comme dans la matinale d'Inter ce jour, où j'ai quand même entendu cette perle "oui mais la grosse différence c'est que ce mouvement s'enracine dans une colère sociale".
Ben oui c'est bien connu l'incendie du Reichstag c'était au cœur d'une période de prospérité et de paix sociale, surtout en Allemagne. Pour le fascisme j'y reviens un peu plus loin. Passons...

Et là, la commémoration débarque avec le triste anniversaire de l'attentat contre Charlie, le crime de fous de dieu décérébrés, et on se remet à ergoter sur Etre ou ne pas être Charlie...

Le point commun entre tous : l'expression d'une tension grandissante - celle qui caractérisera notre siècle ? - entre la morale (sur fond religieux ou pas) et le droit, entre l'opinion et la raison. 

Car j'ai l'impression, la très nette impression que ce qui se joue ici est un véritable renversement de la modernité, d'une contestation profonde de la primauté du droit sur la revanche voire la vengeance, de celle de la raison et des faits sur l'opinion, j'y ajoute la revendication même pas sous-jacente d'une primauté de la représentation des intérêts particuliers ou des communautés (coucou les intersectionnistes les "faisceaux" du fascisme ça vous évoque quelque chose ?) sur la représentation égalitaire et démocratique des citoyens via leurs élus.

Quand la liberté d'expression si chère à nos frères nord-américains, après avoir autorisé les opinions les plus abjectes ou hallucinantes (du KKK au créationnisme et au platisme (on rigole on rigole mais bon) en passant par toutes les opinions religieuses y compris celles que nous considérons - à raison selon moi mais nous y reviendrons - comme sectaires), en arrive à légitimer les faits alternatifs, on se réjouit un peu vite de voir Facebook et Twitter jouer les gendarmes. On en oublie tout aussi vite la béance démocratique/de gouvernance qui se crée quand un acteur privé a tout pouvoir de censure, de son fait et de ses propres règles et non du fait d'une loi votée et contrôlée dans son application, cf leur promptitude justement dénoncée à censurer les tétons tout en laissant passer les armes et la violence.

On rate aussi l'opportunité de se féliciter d'avoir chez nous ces lois, pourtant jugées liberticides ailleurs, anti-sectes, anti-haine et incitation à la haine, laïcité "à la française" #toussa. Le modèle français hérité des Lumières pourrait être l'opportunité d'un nouveau leadership, ou restera le hoquet d'une ultime et dérisoire résistance à ce qui se joue...

William-Adolphe Bouguereau,
"Les Remords d'Oreste" (1862) - détail
Sommes nous vraiment en train de vivre (mes références sont encore plus lointaines que l'univers très Grand Siècle de Didier Goux que je découvre, et imprégnées de culture gréco-latine n'en déplaise à Charles Perrault à qui vous admettrez que cela doit faire une belle jambe d'où il est) une Orestie à rebours (oui j'assume aussi les liens wikipedia parce que s'il faut que je vous raconte tout ici ce sera définitivement beaucoup trop long) ?

Les dieux qui se retirent au profit de leurs symboles (statues) et de l'administration collégiale de la cité, les Euménides, la raison et le droit sont ils en train de laisser place à aux Erinyes : passions, vengeance et destins individuels tragiques livrés aux seuls caprices des dieux ?

Oui j'ai osé


L'avenir nous le dira, mais bonne année quand même !